ÉTATS-UNIS
PERSPECTIVES

Pronostic de survie

Le cycle économique mondial tend à faiblir depuis plus d’un an. Le désendettement de la Chine, la politique européenne et l’incertitude liée aux politiques commerciales sont autant de facteurs ayant eu un rôle à jouer à ce chapitre. Les États-Unis, qui ont résisté à cette tendance pendant les onze premiers mois de 2018, ont connu un ralentissement abrupt à la fin de décembre, les résultats des sondages régionaux dans le secteur manufacturier et l’indice d’activité manufacturière de l’Institute for Supply Management enregistrant leur déclin mensuel le plus important depuis 2008. Les nouvelles commandes et la confiance des chefs de direction dégringolaient au début de 2019, en raison de la faible demande étrangère, des barrières tarifaires et de l’incertitude politique. Dans ce contexte, une récession pouvait être envisagée. Mais à maints égards, ces difficultés portaient les germes d’une ferme réponse politique qui devrait en définitive contribuer à prolonger l’expansion — cette prolongation ne serait certes pas indéfinie, mais le pronostic de survie de la deuxième plus longue période d’expansion américaine à ce jour est bon.

Éléments disjoncteurs

Trois mesures stratégiques importantes en réponse à la situation ont réduit le risque de perte extrême pour l’économie des États-Unis.

  • Chine : Alex Cousley explique dans notre rubrique Asie-Pacifique que les stimulants instaurés par la Chine se multiplient de telle sorte qu’ils sont susceptibles de stabiliser la croissance économique à son taux actuel de 6 % ou au-delà en 2019 La faiblesse de la demande étrangère a joué un rôle déterminant dans le cycle de déclivité des estimations de bénéfices des grandes multinationales américaines. Nous croyons que les mesures de relance de la Chine devraient contribuer à stabiliser la croissance des bénéfices des sociétés de l’indice S&P 500 à environ 5 % en 2019.
  • Trump : L’administration américaine a persévéré impitoyablement dans ses mesures tarifaires et autres mesures punitives à l’endroit de la Chine pendant une grande partie de 2018, en vue d’obtenir des concessions. À la fin de l’année, la confiance des marchés et du milieu des affaires s’étiolant, le président Trump a cependant fait volte-face et ne cesse depuis de réitérer sa confiance dans les progrès de ses négociateurs vers une entente. Politique mise à part, cette renonciation aux acrobaties stratégiques est positive pour les facteurs économiques fondamentaux et les marchés. Selon nos prévisions, un accord commercial devrait être annoncé au deuxième trimestre de 2019, bien que la teneur précise de cet accord et la durabilité de l’entente, quelle qu’elle soit, demeurent difficiles à déterminer avec une quelconque certitude.
  • Powell : Compte tenu de la pression à laquelle étaient soumis les marchés financiers, du ralentissement de la croissance mondiale, ainsi que du rôle important joué par l’économie américaine dans ce ralentissement à la fin de décembre, le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, s’est brusquement ravisé, optant pour une approche beaucoup plus patiente en matière de politique monétaire. Selon la thèse de Powell, l’inflation de base ne menaçant pas le taux cible de 2 % de la banque centrale, le Federal Open Market Committee peut attendre patiemment de voir comment évolue la situation dans les mois qui viennent. Il s’agit d’un changement d’importance. La Fed semblait auparavant se réjouir des hausses de taux dans le simple espoir qu’une économie forte et un marché de l’emploi restreint finiraient par élever graduellement l’inflation. Or, Powell exige maintenant des preuves que les données réelles confirment la montée de l’inflation avant d’envisager des hausses de taux au-delà de la position neutre. Cette attitude est particulièrement importante du fait que, dans les mois subséquents, notre suivi des données ayant trait à l’inflation de base des DCP1 révèle une baisse du taux pondéré de 2 % à 1,8 % à la mi-mars. Compte tenu de cet écart, la trêve actuelle de la Fed pourrait durer, croyons-nous, même au début d’une possible phase de redressement mondial de la croissance. Elle souffle un vent de poupe sur les marchés. Nous estimons que la Fed finira par intervenir de nouveau et hausser son taux une fois encore cette année, mais nous avons repoussé notre date de référence de septembre à décembre. Le renversement de la politique restrictive de la Fed et de la courbe de rendement sont les premiers signes précurseurs caractéristiques de la fin d’une période d’expansion. Bien que nous ayons d’abord cru à la possibilité d’un renversement au premier trimestre de 2019, il semble maintenant que cette probabilité se matérialisera tard dans l’année. Compte tenu des délais normaux, notre estimation la plus plausible de l’arrivée probable de la prochaine récession s’en trouve reportée de six à neuf mois (soit à la fin de 2020 ou même en 2021).

L’économie des États-Unis paraît réceptive aux mesures de relance de la Chine, à la volte-face de Trump et à la trêve de Powell. Certains éléments tendent à indiquer que des taux hypothécaires plus faibles stabilisent le marché immobilier. Et nos indicateurs à périodicité élevée de confiance des consommateurs et du milieu des affaires montrent des signes précoces d’une inflexion plus marquée en février, comme l’indique le diagramme qui suit. Parallèlement, les facteurs fondamentaux de la consommation aux États-Unis semblent conserver leur robustesse, le déclin des taux de chômage et l’accélération de l’inflation salariale soutenant le revenu des ménages.

Source: Federal Reserve System, Conference Board, Université du Michigan, Thomson Reuters Datastream et calculs d’Investissements Russell, février 2019.

Perspectives stratégiques

  • Cycle économique : Neutre à légèrement positif. Le cycle est avancé, et l’atténuation de l’effet des mesures de relance budgétaire est susceptible de ralentir l’économie par rapport à son rythme trépidant de 2018. Compte tenu de la trêve de la Fed et de la perspective d’une croissance mondiale plus saine, nous croyons toutefois que l’économie américaine pourrait afficher cette année une croissance supérieure à la tendance. Nous prévoyons maintenant en 2019 une augmentation de 5 % du bénéfice par action des sociétés du S&P 500, ce qui correspond grosso modo au consensus des analystes financiers ayant une approche ascendante.
  • Valorisation : La hausse depuis le début de l’année a fait grimper sensiblement les valorisations sur le marché américain des actions. Si l’on suppose un retour à la moyenne (une baisse) des marges bénéficiaires des entreprises au fil des dix prochaines années, nos estimations de la prime de risque liée aux sociétés du S&P 500 demeurent très intéressantes.
  • Confiance : Neutre. Nos indicateurs de mouvement n’affichent pas d’orientation précise, le tiraillement entre le fort courant vendeur du quatrième trimestre de 2018 et la forte hausse du premier trimestre 2019 se reflétant dans les données. Le marché qui donnait des signes de panique à la fin de 2018 se semble maintenant ni angoissé ni euphorique.
  • Conclusion : Nous continuons d’accorder une légère préférence aux actions américaines dans les portefeuilles mondiaux, préférence dont l’unique justification est celle de leurs valorisations élevées.

1L’inflation des DCP désigne l’inflation des dépenses de consommation personnelles et mesure l’évolution des prix des biens et services achetés par les consommateurs dans l’ensemble de l’économie.

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