CANADIEN
PERSPECTIVES DU MARCHÉ

La résilience de l'économie canadienne a été remarquable. Sans les tensions commerciales soutenues, nous nous rapprocherions probablement davantage des perspectives neutres prévues par la Banque du Canada. Nous estimons toutefois que les risques commerciaux sont importants et que la détérioration des conditions mondiales pèsera sur les perspectives de l'économie nationale.

CANADIEN
PERSPECTIVES DU MARCHÉ

La résilience de l'économie canadienne a été remarquable. Sans les tensions commerciales soutenues, nous nous rapprocherions probablement davantage des perspectives neutres prévues par la Banque du Canada. Nous estimons toutefois que les risques commerciaux sont importants et que la détérioration des conditions mondiales pèsera sur les perspectives de l'économie nationale.

Le bouc émissaire

On ne peut pas dire que la Banque du Canada n'a pas été invitée à se joindre au club des banquiers centraux plus conciliants : mais celle-ci n'est tout simplement pas intéressée, du moins, pas pour l'instant. Au deuxième trimestre, le produit intérieur brut s'est établi à un solide taux annualisé de 3,7 %, dépassant largement l'estimation de 2,3 % de la Banque du Canada. L'Enquête sur la population active d'août présente une hausse de 81 000 emplois et un taux de chômage se maintenant à un taux constant de 5,7 %, lequel s'approche des creux historiques. Au même moment, les mesures de l'inflation correspondent sensiblement à la cible de 2 % qu'a fixée la Banque du Canada. Étant donné ces données, la Banque du Canada estime que l'économie canadienne « tourne près de son potentiel »; elle juge donc que la politique actuelle demeure « appropriée », comme elle l'a mentionné dans son annonce sur la politique du 4 septembre; une déclaration qu'il est difficile d'attaquer. La politique de la banque centrale vise, cependant, à calibrer les conditions actuelles avec la trajectoire prévue, et c'est là que réside le problème.

La complexité de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine crée une grande incertitude quant à la trajectoire prévue. Dans son discours suivant l'annonce de septembre, le sous-gouverneur de la Banque du Canada, Lawrence Schembri, a noté que la guerre commerciale reste « le plus grand risque concernant nos prévisions » et que, malgré un marché de l'emploi sain, la « faiblesse de la consommation » est une préoccupation. En ce qui concerne cette dernière préoccupation, la demande intérieure finale, qui est un meilleur indicateur de la dépense intérieure au sein de l'économie, s'est contractée au cours de trois des quatre derniers trimestres, ce qui représente presque un coup de force. En outre, la croissance du PIB en glissement annuel suit une tendance moins accentuée à 1,5 %, ce qui est inférieur à la moitié du taux observé au deuxième trimestre. Le commerce (les exportations) et la consommation jouent des rôles d'importance au sein de l'économie. Par conséquent, tout ralentissement de ces facteurs est alarmant. Le rebondissement du marché immobilier et la hausse de l'endettement des ménages causée par la baisse des rendements des obligations compliquent la trajectoire de l'économie que la Banque du Canada a envisagée. C'est à la fois une bénédiction et une malédiction. Bien qu'un marché immobilier fort stimule la confiance et soit positif pour la croissance à court terme; l'accroissement de l'endettement des ménages, qui est déjà élevé, est un handicap structurel à long terme.

Il incombe donc à la Banque du Canada d'assumer la tâche non enviable de calibrer la politique en tenant compte de cette complexité sous-jacente. Pourtant, à l'heure où l'été fait place à l'automne, on s'attend à un refroidissement des données de la seconde moitié de 2019. Ces derniers temps, l'incertitude commerciale soutenue accroît les risques de récession : comme 75 % de la courbe de rendement canadienne est inversée1 au 6 septembre 2019, la marge d'erreur relativement à la politique diminue. De ce fait, le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, sera contraint de se joindre au club des banques centrales plus conciliantes; autrement, il risque de devenir le bouc émissaire.

Perspectives des actions canadiennes : atone

L'Indice des prix des produits de base de la Banque du Canada a connu une hausse annuelle de près de 16 % au 11 septembre 2019, propulsé par un rebond de 22 % du cours du pétrole brut, d'après le cours du pétrole West Texas Intermediate (WTI). Un tel résultat aurait dû faire souffler un vent favorable pour les actions nationales et partiellement pour le secteur de l'énergie. Cela n'a toutefois pas été le cas. Depuis le début de l'année, le secteur de l'énergie a obtenu un rendement inférieur à celui du marché plus vaste. Les déboires au chapitre des pipelines et des perspectives de résultats tout à fait ordinaires ont une part de responsabilité. De plus, l'influence du secteur de l'énergie sur le marché plus étendu a faibli, sa part de l'indice de référence, l'Indice composé S&P/TSX, a été amputée d'environ la moitié. En effet, elle est passée de plus de 30 % en 2008 à environ 16 % en août 2019. Les prix des marchandises, cependant, importent toujours. Comme l'illustre le tableau ci dessous, la corrélation des rendements des prix des marchandises et des actions nationales est élevée et supérieure à la moyenne à long terme. Par conséquent, malgré la fatigue apparente du secteur de l'énergie, la bonne tenue des prix des marchandises demeurera cruciale pour les perspectives des actions nationales. Cela dit, dans une perspective d'avenir, nous nous fions à nos composantes clés pour la prise de décision que sont le cycle, la valeur et le sentiment pour évaluer l'état actuel des actions canadiennes à la fin du troisième trimestre :

Cycle : La résilience de l'économie canadienne sera mise à l'épreuve à l’heure où la croissance économique aux États-Unis, le partenaire commercial le plus important du Canada, présente des signes de ralentissement. La faiblesse des conditions externes jumelée à l'atonie de la demande intérieure est préoccupante. La prévision consensuelle en matière de croissance des bénéfices au sein du secteur a connu une tendance à la baisse, et la gravité de l'inversion de la courbe de rendement est un obstacle à la rentabilité du secteur essentiel qu’est le secteur financier. Dans l'ensemble, nous sommes d'avis que le cycle économique est neutre à légèrement négatif.

Valeur : L'indice composé S&P/TSX se négocie à un ratio cours/bénéfices prévu de 14,4, lequel est à peu près conforme à sa moyenne à long terme. Cependant, les marges bénéficiaires ont suivi une tendance à la baisse et peuvent être davantage mises à mal dans une économie qui ralentit. Nous évaluons que la valeur est neutre.

Sentiment : Le dynamisme continue de se modérer, tandis que nos contre-indicateurs ne sont ni trop achetés, ni trop vendus. Par conséquent, le sentiment est neutre.

Conclusion : L'économie canadienne a bien évolué dans un contexte de croissance mondiale hostile. Mais l'économie devrait connaître un ralentissement drastique dans la seconde moitié de 2019, ce qui compromet la stabilité nationale. Compte tenu de cette incertitude entourant le cycle économique, nous maintenons des perspectives neutres pour les actions canadiennes.

Source : Rifinitiv DataStream, Investissements Russell. Selon les données mensuelles en date d'août 2019. Actions canadiennes = Indice composé S&P/TSX, Marchandises = Indice des prix des produits de base de la Banque du Canada. La corrélation est mesurée au moyen des rendements annuels sur une période de trois années successives.

1La courbe de rendement correspond aux taux d'intérêt du gouvernement à court et à long terme tracés sur un graphique. Elle s'accentue habituellement vers le haut, car les taux à long terme sont généralement plus élevés que les taux à court terme. Lorsque les taux à court terme sont plus élevés que les taux à long terme, la courbe de rendement peut s'inverser, ce qui est souvent perçu comme un élément précurseur d'une récession.

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