MONNAIES
PERSPECTIVES

Solidité résiduelle du dollar pressentie

La Réserve fédérale américaine ayant troqué sa tendance au resserrement pour une position plus attentiste, le dollar des États-Unis a piétiné au premier trimestre. D’autres banques centrales ont toutefois opté elles aussi pour une attitude plus conciliante, ce qui devrait donner un dernier coup de pouce à la hausse du dollar.

Six semaines peuvent être longues pour les marchés financiers et la politique des banques centrales. Entre le moment de la réunion de politique monétaire de décembre, à l’occasion de laquelle la Réserve fédérale américaine a haussé le taux d’intérêt pour la quatrième fois en 2018, et celui de sa décision du 31 janvier 2019 de maintenir le taux, la Banque centrale a opéré un virage à 180 degrés. Après avoir fermement indiqué en décembre que des hausses de taux étaient à prévoir cette année, elle s’est abstenue de toute allusion à d’autres hausses progressives dans sa déclaration la plus récente et a fait remarquer que les pressions inflationnistes étaient faibles. Il ne saurait être plus clair que la Fed a choisi de ne pas intervenir dans un avenir prévisible.

Les marchés des changes et des obligations avaient anticipé ce virage de la Fed, vendant le dollar américain à l’approche de la réunion de politique monétaire et faisant grimper les cours des obligations. Les participants au marché paraissent croire, dans leur ensemble, que la Fed en a terminé avec les hausses de taux d’ici la fin du cycle. Les marchés ayant déjà absorbé la possibilité de réductions de taux cette année, il ne serait pas déraisonnable de croire que l’épisode de hausse du dollar a maintenant pris fin. À plusieurs reprises au cours des derniers mois, l’indice du dollar américain (DXY1) n’a pas pu franchir le seuil de 97,7 (voir le diagramme qui suit), ce qui pourrait l’exposer à un recul encore plus important.

Source : Thomson Reuters Datastream, 15 mars 2019. La ligne perpendiculaire grise indique la réunion du 31 janvier 2019 de la Réserve fédérale américaine.

Nous croyons cependant que le pessimisme entourant l’économie américaine est exagéré, et nous nous attendons à ce que le DXY connaisse une autre poussée qui pourrait le porter à 98 et peut-être même à 100 avant que sa période haussière ne se termine, pour ce qui est du présent cycle. Selon notre scénario de base, la croissance économique se stabilisera et la rareté de la main-d’œuvre aux États-Unis, jointe à l’accélération de l’inflation salariale, exercera de nouvelles pressions à la hausse sur les prix à la consommation. Parallèlement, la Banque centrale européenne (BCE) et la Banque du Japon (BdJ) ont elles aussi adopté une attitude plus conciliante, ce qui pèse sur l’euro et le yen.

Autres monnaies principales

Euro (EUR)

La crise budgétaire italienne s’estompant, de nouveaux facteurs en émergence influent sur l’euro. Les données relatives à la croissance et à l’inflation dans la zone euro ont été faibles au début de 2019. Une part du ralentissement de l’activité économique s’explique par des chocs idiosyncratiques qui sont désormais chose du passé. Par exemple, les modifications apportées aux normes d’émission ont eu des répercussions temporaires sur la production allemande dans le secteur de l’automobile. L’incidence de ces facteurs transitoires devrait se dissiper au cours des mois qui viennent. L’inflation limitée dans la zone euro a toutefois permis à la BCE d’exclure toute hausse de taux d’ici 2020.

Tous ces éléments entretiennent la pression qui s’exerce sur l’euro à court terme, bien que la faible valorisation de la monnaie atténue sans doute les risques de baisse. Nous croyons que les acheteurs de l’euro se manifesteront de nouveau s’il est établi que le taux de change euro-dollar américain est passé de 1,13 à 1,10 le 15 mars 2019.

Livre sterling du Royaume-Uni (GBP)

Au 16 mars, la livre était la plus forte des monnaies principales en 2019. L’appréciation de la livre cette année résultait d’un optimisme croissant quant à l’issue favorable imminente du Brexit. Or, le 12 mars, le projet d’accord avec l’Union européenne proposé par la « première » ministre Theresa May et visant l’amorce d’une période de transition ordonnée était rejeté pour la deuxième fois par la Chambre des communes britannique. Dans les deux jours qui ont suivi, une majorité de parlementaires britanniques ont cependant voté contre un Brexit sans accord et en faveur du report de la date de césure du 29 mars au 30 juin. Ce sursis à lui seul ne fait que repousser de quelques mois le risque de sombrer dans un Brexit sans accord. L’incertitude qui persiste à ce sujet nuit à l’économie britannique, et nous en observons déjà les répercussions dans les données. La confiance des entreprises est faible, ce qui les dissuade d’investir. Et le pessimisme des consommateurs freine la demande de biens durables comme le logement et l’automobile.

Pour que la hausse de la livre se maintienne, il faudra soit la conclusion d’un accord dans les prochaines semaines soit une discussion qui permettrait de bifurquer vers une version adoucie du Brexit ou du vote populaire.

Yen japonais (JPY)

Le yen est une monnaie qui jouit d’une valorisation intéressante et que nous apprécions pour les possibilités de diversification qu’elle offre. Le 28 février 2019, le yen affichait un avantage de 9 % par rapport au dollar américain sur la base de la parité du pouvoir d’achat2. Si les marchés d’actions vendent, nous sommes d’avis que le yen sera la monnaie refuge parfaite. Il s’agit d’un actif traditionnellement défensif, en raison de sa position créditrice étrangère nette, ce qui engendre le rapatriement de capitaux en période de crise. La nature défensive du yen est susceptible d’être accentuée par ses maigres réserves. En période de prospérité, les investisseurs se livrent à ce que l’on appelle des opérations de portage en vertu desquelles ils achètent des monnaies à rendement élevé comme le dollar australien et utilisent le yen comme monnaie de financement. Selon nous, le dénouement des opérations de portage en période d’adversité imprimerait au yen une impulsion majeure.

Nous recommandons le maintien d'une position longue quant au yen ou une exposition accrue lorsque son taux de change par rapport au dollar américain s'approchera de 114 (en baisse au regard du taux de 111,4 en vigueur le 15 mars 2019).

1L’indice du dollar américain (DXY) est une mesure de la valeur du dollar des États-Unis par rapport à un panier de devises, plus précisément le panier des devises des partenaires commerciaux des États-Unis. L’indice est à la hausse lorsque le dollar américain gagne en « solidité » (s’apprécie) parallèlement aux autres devises.

2Source : Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), 15 mars 2019.

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