MONNAIES
PERSPECTIVES

Au moment où la Fed se demande si, compte tenu des données indiquant une inflation inférieure au taux visé et une croissance économique modérée, elle pourrait s’autoriser des réductions de taux « préventives », l’assouplissement des conditions monétaires devrait favoriser tout particulièrement les monnaies des marchés émergents (ME).

Le pic du billet vert

Dans nos perspectives trimestrielles précédentes, nous estimions que le dollar américain bénéficierait d’une dernière poussée qui porterait l’indice du dollar US (DXY1) à 98 ou plus. Le diagramme qui suit montre que l’indice DXY a atteint le niveau ciblé, sans toutefois parvenir à franchir ce seuil à trois reprises entre avril et mai. Nous croyons que le billet vert plafonne, c’est-à-dire qu’il n’atteindra pas de nouveaux sommets d’ici à la fin de 2019. La principale raison pour laquelle la situation à l’égard du dollar nous paraît moins positive est le virage dans la politique de la Fed. Alors que nous nous attendions antérieurement à ce que la Fed procède à une hausse de taux en 2019, il nous semble maintenant que la faiblesse des données récentes relatives à l’inflation et à la croissance incitera la Fed à prendre des mesures « préventives » et à réduire les taux de 25 points de base à deux reprises.

La Banque centrale européenne (BCE) et la Banque du Japon assouplissent également quelque peu leur politique, mais elles ont beaucoup moins de marge de manœuvre que la Fed en ce qui a trait aux taux d’intérêt. Une diminution de l’écart de taux d’intérêt entre les États-Unis et les pays de la zone euro et le Japon pèsera sur le dollar américain, associée à une forte valorisation et à la détérioration de la confiance. Chose certaine, nous ne prévoyons pas l’amorce d’un sévère marché baissier pour le dollar américain, qui jouit toujours d’un avantage salutaire quant au taux d’intérêt par rapport à l’euro et au yen (JPY), bien que cet avantage tende à diminuer. À notre avis, les monnaies à rendement élevé des marchés émergents (ME) sont les plus susceptibles de bénéficier des réductions de taux de la Fed.

Selon l’étalon de l’indice monétaire des ME de JP Morgan2, les monnaies des ME continuent de se négocier à une valeur proche de leurs cours les plus bas de la dernière décennie, comme l’indique le diagramme qui suit. Nos propres modèles d’évaluation, basés sur plusieurs variantes de la parité des pouvoirs3 d’achat, confirment que les monnaies des ME font l’objet d’une valorisation intéressante par rapport au dollar américain. Le contexte de conditions monétaires plus souples, résultant essentiellement des réductions de taux qui, selon les prévisions, devraient être opérées par la Fed et d’autres banques centrales intensifiant leurs mesures de relance non traditionnelles, est un facteur qui a peu de poids conjoncturel pour les monnaies des ME.

Source : Thomson Reuters Datastream, 11 juin 2019.

Parmi les monnaies des marchés développés, nous continuons d’accorder notre préférence au yen. Durant l’escalade de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, en mai, le yen a joué le rôle d’actif refuge et s’est considérablement renforcé par rapport aux autres devises principales. Cette caractéristique anticyclique du yen le rend particulièrement intéressant à titre d’élément de diversification dans les portefeuilles constitués en bonne partie d’actions et d’autres actifs à risque.

1 L’indice du dollar américain (DXY) mesure la valeur du dollar des États-Unis par rapport à un panier de monnaies étrangères, souvent appelé panier de devises des partenaires commerciaux des États-Unis. L’indice monte lorsque le dollar américain se raffermit (prend de la valeur) par rapport aux autres monnaies.

2 Cet indice est constitué du real brésilien, du peso mexicain, du peso chilien, du renminbi chinois, de la roupie indienne, du dollar de Singapour, de la livre turque, du rouble russe, du forint hongrois et du rand sud-africain.

3 Le taux de conversion selon la parité de pouvoir d’achat égalise le coût de la vie dans deux pays différents et est utilisé par les économistes comme mesure de la « juste valeur » des monnaies.

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