Principaux points à retenir
- Le One Big Beautiful Bill devrait stimuler la croissance économique grâce à une combinaison d’allégements fiscaux et d’incitatifs.
- Nous prévoyons que cette croissance compensera en partie le frein imposé par les tarifs douaniers.
- La nouvelle loi devrait ajouter 3 000 milliards de dollars au déficit fédéral, ce qui pourrait faire grimper les rendements des obligations
- La Réserve fédérale américaine continue de se concentrer sur l’impact potentiel des tarifs douaniers sur les anticipations inflationnistes, avec une possible baisse des taux en septembre
Les feux d’artifice n’ont pas été les seuls à éclater lors du dernier jour de l’Indépendance.
Le « One Big Beautiful Bill Act », un vaste programme fiscal et budgétaire, a été officiellement promulgué le 4 juillet par le président américain Donald Trump. La législation devrait stimuler la croissance économique américaine jusqu’en 2026, compensant ainsi en partie les effets négatifs attendus des tarifs douaniers. Le coût : des déficits budgétaires persistants et importants qui devraient maintenir les ÉtatsUnis sur une trajectoire budgétaire non viable.
Poussée de croissance
Le projet de loi signé par le président Trump comprend plusieurs mesures importantes qui auront des répercussions majeures sur les perspectives économiques. La plus notable est la prolongation permanente des réductions d’impôt accordées aux particuliers en 2017, qui était un enjeu crucial pour maintenir l’économie américaine sur sa trajectoire actuelle. Mais le projet de loi s’appuie aussi sur la Tax Cuts and Jobs Act (TCJA) en permettant aux entreprises de déduire immédiatement de leur revenu imposable le coût de l’équipement et de la RD (recherche et développement) effectuée aux ÉtatsUnis. Parallèlement, la loi prévoit également des incitatifs temporaires pour la construction de nouvelles installations manufacturières aux États-Unis.
À l’avenir, ces mesures pour les entreprises devraient avoir des effets plus importants sur la croissance que les changements aux lois fiscales pour les particuliers, pouvant potentiellement augmenter le PIB réel jusqu’à 0,4 % l’an prochain. Pour mettre cela en perspective, cela compenserait environ la moitié du frein attendu de 0,7 % causé par les tarifs douaniers. Un éventail de secteurs, notamment les services publics, les services de communication et les technologies (où les dépenses en capital et la R-D représentent une part importante du chiffre d’affaires total) pourraient bénéficier des nouvelles politiques.
Mais en sera-t-il ainsi? Cela dépendra de la visibilité et de la confiance dont disposeront les chefs d’entreprise pour investir à long terme. Les espoirs d’une reprise similaire des investissements en équipements en 2018 ont été freinés par la faiblesse de la demande industrielle et l’incertitude accrue entourant la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine.
Point de tension budgétaire
Outre les vents favorables estimés pour la croissance, la nouvelle loi devrait ajouter environ 3 000 milliards de dollars à la dette nationale au cours de la prochaine décennie, avec un ratio dette/PIB susceptible d’atteindre environ 130 % d’ici 2034, soit un niveau record. Nous pensons que ces risques sont bien connus du marché, mais qu’ils pourraient entraîner une hausse des primes de terme (le taux de rendement supplémentaire recherché par les investisseurs en raison de l’incertitude qui plane sur les perspectives des taux d’intérêt) à moyen terme.
Surveillance des taux
Une politique budgétaire stimulante, toutes choses égales par ailleurs, entraînerait une approche restrictive de la part de la Réserve fédérale, car elle stimule la croissance économique et accélère la hausse des prix. Mais ces effets ne devraient pas être suffisamment importants pour détourner l’attention de la banque centrale du risque principal : à savoir que les tarifs douaniers pourraient entraîner une hausse de l’inflation et, plus important encore, un désancrage des anticipations inflationnistes.
Jusqu’à présent, nous ne voyons pas de signes évidents d’un désancrage des anticipations inflationnistes. Les mesures d’inflation à moyen terme fondées sur le marché sont restées stables, près de l’objectif de 2 % de la Fed, tandis que les anticipations d’inflation à court terme des consommateurs ont reculé par rapport à leur hausse d’avril. Si ces tendances se maintiennent, nous pourrions assister à des baisses de taux plus tard dans l’année, notre scénario central tablant sur une baisse de 0,25 % en septembre. Dans l’ensemble, les obligations du Trésor américain continuent de se négocier dans une fourchette proche de nos estimations de juste valeur.
Le bouquet final
Bonne pour la croissance, mauvaise pour la dette, la nouvelle loi est mitigée pour les investisseurs, malgré son nom. Comme pour tout feu d’artifice, la beauté est dans les yeux de celui qui regarde. Il reste donc à voir si les marchés réagiront au « One Big Beautiful Bill » par des « oh » et des « ah » ou s’ils le considéreront comme un flop.