Principaux points à retenir
- Les économies américaine et mondiale reposent sur des bases solides
- Nous ne pensons pas que les récents événements géopolitiques représentent un risque systémique pour les marchés à l’heure actuelle.
- Dans cet environnement, une diversification disciplinée (et non un positionnement réactif) reste la réponse la plus efficace.
L’année 2026 a commencé avec un déluge de gros titres pour les investisseurs.
Sur le plan géopolitique, nous avons assisté à une intervention des États-Unis au Venezuela, à des manifestations en Iran et à un discours belliciste à l’égard du Groenland et d’autres pays. En ce qui concerne la politique intérieure, le président de la Réserve fédérale Jerome Powell a été assigné à comparaître, de nouveaux droits de douane ont été annoncés et des propositions réglementaires visant l’immobilier, les services bancaires aux particuliers et la défense ont été présentées. C’est beaucoup. Et on a l’impression que tous ces événements se produisent simultanément.
Toutefois, pour les investisseurs, la question la plus importante n’est pas de savoir si le monde semble instable. Il s’agit de savoir si cette instabilité est réellement capable de briser les marchés.
Pour réfléchir clairement dans un tel environnement, il faut adopter deux points de vue. Le premier consiste à évaluer les fondations, c’est-à-dire le degré de résilience des marchés et de l’économie pour absorber le changement. Le deuxième consiste à évaluer l’importance réelle de ce changement.
Pourquoi les marchés ne se sont pas effondrés
L’économie américaine et l’économie mondiale ont fait preuve d’une extraordinaire résilience ces dernières années. Depuis 2022, l’économie mondiale a absorbé le cycle de hausses de taux de la Réserve fédérale le plus agressif depuis quatre décennies, une guerre majeure en Ukraine, les plus fortes augmentations de tarifs douaniers depuis la Grande Dépression et l’environnement d’immigration le plus restrictif depuis les années 1950 — sans basculer dans une récession mondiale.
Malgré tout cela, les bilans du secteur privé restent solides. La croissance de la productivité s’est améliorée. Les bénéfices des entreprises sont sains et de plus en plus diversifiés.
Cela ne signifie pas pour autant que la situation est parfaite. Elle ne l’est jamais. Sous des agrégats solides, des lignes de faille familières subsistent. L’embauche a ralenti. L’abordabilité du logement continue de freiner l’activité. Et les dépenses des consommateurs reflètent une réalité en « K », les ménages à revenu élevé étant nettement mieux positionnés que les autres.
Toutefois, ces courants sous-jacents coexistent avec une base solide. Ils représentent des frictions plutôt que des fractures. L’économie a terminé l’année 2025 dans un état de résilience, et non de fragilité, et pourrait même être positionnée pour une accélération en 2026.
L’histoire suggère que les marchés ne s’effondrent pas parce que les manchettes sont sensationnelles. Ils s’effondrent lorsque les fondamentaux se détériorent discrètement.
Ce qui compte réellement — et ce qui ne compte pas
Une partie de notre rôle, en tant qu’investisseurs, consiste à faire la distinction entre signal et bruit. Dans des moments comme celui-ci, nos équipes s’appuient sur trois outils : l’expérience acquise en surmontant ensemble plusieurs crises; des mesures en temps réel de la psychologie du marché qui permettent d’identifier les occasions lorsque les prix s’éloignent trop des fondamentaux; et la capacité à associer l’analyse interne aux idées de notre plateforme à architecture ouverte, qui s’appuie sur quelques-uns des meilleurs gestionnaires de fonds au monde.
Dans un contexte où la psychologie du marché n’est ni en état de panique ni en état d’euphorie, ce sont les fondamentaux, et non le sentiment, qui doivent guider les décisions de positionnement progressif. En résumé, ce qui s’est passé ces dernières semaines n’atteint pas encore le seuil d’un risque systémique pour les marchés.
Tous les chocs géopolitiques ne sont pas égaux. Historiquement, les événements survenant dans les pays en développement ont le plus d’impact sur les prix des actifs lorsqu’ils perturbent considérablement les chaînes d’approvisionnement mondiales ou les produits de base.
Le Venezuela, par exemple, est largement isolé des marchés occidentaux et ne représente qu’environ 1 % de la production mondiale de pétrole brut. La contribution de l’Iran à l’offre mondiale de pétrole est également en déclin structurel. Le principal risque est moins lié à la production qu’à la géographie, en particulier au détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 25 % de l’offre mondiale de pétrole chaque année. Ce risque mérite d’être pris en compte, mais il doit être mis en balance avec la nécessité plus générale d’équilibrer la croissance et la résilience dans le positionnement des portefeuilles.
Les récentes mesures prises par l’administration américaine concernant la gouverneure Lisa Cook et le président Jerome Powell sont sans précédent et ont naturellement soulevé des questions quant à l’indépendance de la Réserve fédérale. À ce stade, toutefois, il n’est pas encore certain que ces événements entraîneront des changements à la tête de la Fed. Le fait que le secrétaire au Trésor et plusieurs sénateurs républicains soient frustrés par l’enquête du ministère de la Justice est plutôt rassurant.
Il convient également de rappeler comment les décisions de politique monétaire sont réellement prises. Le Federal Open Market Committee (FOMC) fixe les taux d’intérêt à la majorité des voix. Même avec un changement à la présidence de la Fed en mai prochain, de nombreux membres du comité pourraient hésiter à réduire davantage les taux si l’économie se renforce en 2026, comme nous le prévoyons.
Les marchés ont tendance à surestimer le pouvoir d’un décideur politique et à sous-estimer la discipline imposée par les données, les règles de vote et la réalité économique elle-même.
La réalité du paysage d’investissement
Nos perspectives n’ont pas changé de manière significative au cours des dernières semaines. Nous restons optimistes quant à l’évolution de l’économie mondiale et des bénéfices des entreprises, et nous investissons en conséquence.
Parallèlement, un environnement marqué par des chocs fréquents renforce la valeur de la diversification, qui consiste à maintenir une exposition à la croissance tout en veillant à ce que les portefeuilles soient résilients face aux risques de baisse. Cet équilibre est plus important que de réagir à chaque nouvelle manchette.
Une grande partie de l’afflux récent de nouvelles reflète le bruit plutôt que le signal. Pour les investisseurs, le risque dominant à l’heure actuelle n’est pas la complaisance, mais plutôt le fait de confondre la volatilité du cycle de l’actualité avec une véritable rupture des fondements économiques, au lieu de gérer les portefeuilles en combinant délibérément croissance et résilience.