Enquête ESG 2018

Enquête ESG des sociétés de gestion : Le pourquoi et le comment ? 

L’importance des facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans le secteur de la gestion d’actifs a augmenté de manière exponentielle au cours des dernières années. Face à ce constat, nous réalisons depuis quelques années, une enquête annuelle ESG auprès de gérants obligataires. Cependant, cette année nous avons souhaité élargir notre champ d’action afin d’obtenir une vision plus exhaustive. Nous avons ciblé des gérants de toutes tailles – intervenant sur l’ensemble des classes d’actifs – et avons interrogé 299 sociétés de gestion afin de comprendre comment elles intègrent les problématiques ESG au sein de leur processus de gestion.

En août, nous avons communiqué les premiers résultats, qui portaient uniquement sur l’intégration ESG des gérants obligataires. Aujourd’hui, nous vous présentons nos résultats sur l’ensemble des stratégies d’investissements et avons mis l’accent sur :

  • L’adoption des Principes pour l’Investissement Responsable (UN-PRI)
  • La mise en œuvre de politiques d’investissement responsable  
  • L’existence d’équipes dédiées
  • Le processus d’investissement—objectifs, données et recherche

Signataires PRI et politiques d’investissement responsable

Les Principes pour l’Investissement Responsable (UN-PRI), sous l’égide des Nations Unies, constituent une référence mondiale qui encourage activement la mise en œuvre de politiques responsables en matière d’investissement. Par conséquent, par le biais de notre étude, il nous a semblé important de comprendre dans quelle mesure les sociétés de gestion se sont engagées dans une démarche de conformité vis-à-vis des PRI et ont développé une politique d’investissement responsable.

L’enquête a révélé que la grande majorité des participants sont signataires des PRI et ont adopté une politique d’investissement responsable. Ceci étant, nous avons observé de grandes disparités selon les régions, les calendriers de mise en place et les encours sous gestion.

Disparités régionales

Comme le montrent les graphiques 1 et 2, les sociétés de gestion basées aux Etats-Unis, au Canada et en Asie (hors Japon) affichent un retard important vis-à-vis de leurs pairs situés dans d’autres zones géographiques. Même si l’on réajuste les résultats pour intégrer les sociétés de gestion ayant l’intention de développer une politique d’investissement responsable au cours des 12 prochains mois (graphique 2), les gérants de ces pays restent néanmoins parmi les derniers du classement.  

Graphique 1 : votre entreprise est-elle signataire des PRI 

Graphique 2 : votre entreprise a-t-elle développé une politique d’investissement responsable ?

Sources des graphiques 1 et 2 : Etude ESG 2018 de Russell Investments

Processus d’investissement : des professionnels ESG dédiés

La taille des encours, un facteur clé

Selon notre enquête, seules 36% des sociétés de gestion disposent d’équipes ESG dédiées qui consacrent au moins 90% de leurs temps à des tâches liées spécifiquement aux facteurs ESG.  En termes de zone géographique, les Etats-Unis, le Canada et l’Asie (ex Japon) affichent le pourcentage le plus faible de sociétés de gestion disposant de professionnels ESG dédiés, par rapport à l’échantillon complet. Sur cette question, la taille des encours sous gestion constitue un facteur très important :

  • 92% des sociétés de gestion dont les encours sont supérieurs à 500 milliards $ disposent d’équipes ESG dédiées.
  • A contrario, 91% des sociétés gérant moins de 10 milliards $ ne disposent pas de professionnels ESG dédiés.

Ce rapport inverse n’est pas surprenant compte tenu du nombre souvent limité de collaborateurs au sein des petites sociétés de gestion de type « boutique » par rapport aux grands acteurs du secteur.

Processus d’investissement : la route vers l’intégration

Quelles motivations ? Répondre à la demande des clients et optimiser les performances ajustées aux risques

Pour 35% des sociétés de gestion, le principal objectif derrière l’intégration initiale des facteurs ESG au processus d’investissement est le développement commercial et la réponse aux demandes des clients. En parallèle, 28% des sociétés de gestion cherchaient avant tout à générer des performances supérieures ajustées aux risques.

Interrogées sur leur principale motivation derrière le maintien de l’intégration ESG, le nombre de sociétés visant des performances supérieures ajustées aux risques progresse de 4%, pour s’établir à 32%. En revanche, le développement commercial et la demande des clients sont des objectifs en léger repli, en baisse de 35% à 33%. Bien que ces évolutions soient timides, elles indiquent néanmoins que l’intégration ESG devient moins une préoccupation commerciale, et plus une préoccupation de gestion. 

Graphique 3 : quel était le principal objectif derrière l’intégration de facteurs ESG à votre processus d’investissement ? Quel est la motivation qui vous incite à renforcer cette intégration aujourd’hui ?

Source : Etude ESG 2018 de Russell Investments 

Facteurs ESG individuels et décisions d’investissement – la Gouvernance l’emporte haut la main

Interrogées sur les facteurs ESG individuels qui ont le plus d’impact sur les décisions de gestion, 91% des participants ont cité la Gouvernance. Cependant, pour 35% des sociétés de gestion, les décisions de gestion ne sont dominées par les considérations ESG que si elles augmentent le risque spécifique des valeurs. En parallèle, les facteurs ESG ne sont dominants que lorsqu’ils permettent d’optimiser les performances financières. Il est intéressant de noter que pour 49% des entreprises, les considérations ESG ne prédominent pas sur les décisions d’investissement, malgré leur impact potentiel sur le risque spécifique des valeurs individuelles ou sur leur capacité à générer des performances positives.

Processus d’investissement : données et recherche

Sources

Selon les résultats de notre étude, les sources de données et de recherche ESG les plus couramment utilisées sont : les fournisseurs de recherche ESG, l’engagement direct avec les entreprises et les rapports réglementaires des entreprises.

Recours aux données ESG quantitatives

L’utilisation de données quantitatives et de scores ESG au sein des processus d’investissement globaux des sociétés de gestion (hors Europe continentale) évolue de manière progressive. Selon notre étude, 56% des sociétés de gestion intègrent des données quantitatives ESG à leur processus d’investissement. Parmi celles qui s’appuient sur des données quantitatives ESG dans leur processus de gestion, 80% utilisent une combinaison de données internes et externes, tandis que 12% utilisent exclusivement des données provenant de sources externes.

Intégration ESG : Zones géographiques, encours et gestion des risques  

L’analyse de l’intégration ESG par région révèle de fortes disparités entre les différentes zones géographiques. De manière quasi systématique, l’Europe continentale, le Royaume-Uni, le Japon, l’Australie et la Nouvelle Zélande se comparent favorablement à leurs pairs aux Etats-Unis, au Canada et en Asie (ex Japon), sur la base de plusieurs indicateurs mesurant les ressources et le degré d’intégration ESG. Néanmoins, nous avons constaté que les sociétés basées aux Etats-Unis et au Canada progressaient et se rapprochaient de ces niveaux d’adoption et d’intégration. Il sera important de mesurer l’évolution de l’intégration ESG sur un an glissant, afin d’obtenir une meilleure visibilité sur le rythme de progression aux Etats-Unis, au Canada et en Asie ex Japon, au fur et à mesure que ces zones rattrapent les autres régions.

Lorsque nous examinons les niveaux d’encours, les sociétés de gestion affichant les encours les plus faibles ont souvent des ressources ESG plus limitées et un degré d’intégration ESG plus faible que celles gérant des actifs plus importants. Un constat qui n’a rien de surprenant : les professionnels de la gestion dans les sociétés de petite taille ont souvent plusieurs casquettes et les équipes sont de taille modeste, tandis que les plus gros acteurs disposent d’équipes centralisées qui peuvent intervenir de manière plus ciblée sur l’ensemble des produits.

Si l’on considère les situations dans lesquelles les facteurs ESG joueraient un rôle dominant dans les décisions de gestion, il semble que les sociétés s’intéressent particulièrement aux facteurs ESG lorsque ces derniers constituent une source de risque spécifique, plutôt qu’une source de performance positive. Ainsi, il apparaît que l’intégration ESG est globalement perçue comme un exercice de gestion des risques et non comme un vecteur capable de générer, potentiellement, des performances plus élevées.  

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Merci de noter que tout investissement comporte des risques, notamment celui de perte de capital.

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