Principaux points à retenir
- Il est peu probable que les menaces tarifaires liées au Groenland perturbent de manière significative l’économie américaine, les effets sur l’inflation et la croissance devant rester modestes et maîtrisables.
- L’Europe et le Royaume-Uni sont exposés à un risque de baisse plus important si ces tarifs douaniers sont mis en œuvre.
- Bien que les tarifs douaniers puissent en fin de compte ne constituer qu’outil de négociation, nous pensons que les investisseurs devraient envisager de rester diversifiés et se préparer à saisir des occasions si la volatilité des marchés entraîne des perturbations à court terme.
Ce fut peut-être une fin de semaine prolongée aux États-Unis, mais le « déluge de manchettes » n’a pas cessé. Les investisseurs ont été confrontés à une nouvelle balle courbe tarifaire, l’administration américaine ayant déclaré qu’à défaut de conclure un accord en vue de l’acquisition du Groenland par les États-Unis, des tarifs douaniers de 10 % seraient imposés à huit pays européens (Danemark, Norvège, Suède, France, Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas et Finlande) à compter du 1er février. De plus, les États-Unis ont laissé entendre que le taux tarifaire pourrait grimper jusqu’à 25 % d’ici le 1er juin si aucun accord n’était conclu d’ici là.
En réponse, les actions et les obligations américaines à longue échéance ont subi un mouvement de vente, le taux de rendement des titres d’État à 10 ans atteignant son plus haut niveau depuis des mois.
Dans un article récent, nous avons souligné l’importance de prendre en compte les implications fondamentales d’un choc géopolitique, plutôt que de se focaliser uniquement sur le bruit médiatique. Voici notre évaluation de l’impact économique potentiel de ces nouveaux développements concernant les tarifs douaniers.
Comparaison de l’impact économique aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Europe continentale
Comme nous l’avons déjà indiqué précédemment, les tarifs douaniers ont deux effets négatifs principaux sur l’économie américaine : ils peuvent entraîner une hausse ponctuelle des prix et ils pèsent sur la croissance économique. Mais selon nos estimations, l’impact de ces tarifs douaniers liés au Groenland pourrait être relativement modeste. Même dans un scénario défavorable où un taux tarifaire de 25 % serait appliqué à l’ensemble des pays européens et au Royaume-Uni (plutôt qu’aux huit pays mentionnés dans l’annonce), nous n’observerions probablement qu’une hausse supplémentaire d’environ 0,5 % du taux d’inflation aux États-Unis, ainsi qu’un frein additionnel modeste d’ampleur comparable sur la croissance américaine. Avec une inflation de base américaine actuellement de 2,6 % en glissement annuel et de nombreux économistes prévoyant une croissance du PIB (produit intérieur brut) de 2 % à 2,5 % pour 2026, ce choc devrait être maîtrisable pour l’économie américaine.
L’impact sur les partenaires commerciaux des États-Unis pourrait toutefois être plus marqué que sur les États-Unis eux-mêmes. Si ces tarifs douaniers entraient pleinement en vigueur, ils pourraient freiner considérablement les exportations et l’activité économique globale du Royaume-Uni et de l’Europe. De plus, l’économie britannique est déjà au ralenti, et l’impact des tarifs douaniers ne ferait qu’exacerber une situation déjà difficile. Entre-temps, même si la politique budgétaire allemande pourrait constituer un vent favorable important pour l’Europe à l’horizon 2026, cette dernière devrait néanmoins commencer l’année avec une croissance du PIB plus faible que celle des États-Unis, ce qui rend ces tarifs douaniers liés au Groenland potentiellement plus contraignants pour le continent.
Une incertitude à deux facettes
Si l’évolution des tarifs douaniers est susceptible d’ajouter une couche supplémentaire d’incertitude à la toile de fond économique, cette incertitude pourrait avoir deux facettes. Nous avons déjà vu l’administration américaine utiliser les tarifs douaniers comme outil de négociation, et il est possible que cela soit le cas à nouveau. Bien que les États-Unis aient déjà conclu des accords commerciaux préliminaires avec l’Europe et le Royaume-Uni, les pays n’ont pas encore entièrement finalisé le texte législatif de ces accords. Il est possible qu’il s’agisse d’une manœuvre visant à « mettre les points sur les “i” ». De plus, obtenir de ses alliés de l’OTAN un engagement à augmenter leurs dépenses de défense a constitué un objectif stratégique clé des États-Unis. Ces tarifs douaniers pourraient être un moyen d’encourager ces pays à augmenter ces dépenses. Il est possible que ces tarifs douaniers plus élevés n’entrent jamais en vigueur, même si les États-Unis n’acquièrent pas le Groenland.
D’autre part, il existe un risque que ces développements liés au Groenland déclenchent un cycle de représailles tarifaires. Un tel scénario serait probablement perçu négativement par les marchés, car il pourrait avoir des répercussions encore plus importantes sur la croissance et l’inflation. Cela dit, 2025 nous a également montré que les marchés peuvent agir comme un mécanisme d’autorégulation, dissuadant les pays d’imposer des tarifs douaniers élevés.
En fin de compte, nous ne prévoyons pas que la situation évolue d’une manière qui aurait une incidence significative sur les portefeuilles. Dans le scénario très improbable d’une acquisition du Groenland par les États-Unis, des questions de financement pourraient se poser compte tenu du niveau élevé de la dette américaine et de la possibilité d’une hausse des coûts d’emprunt à long terme. Plus généralement, cet épisode renforce la valeur de la diversification géographique, parallèlement à la surveillance continue de la réponse décisionnelle de l’Europe, des tendances en matière de dépenses de défense et des perspectives budgétaires à long terme des États-Unis.
Rester concentré tout en recherchant des occasions
La semaine dernière, nous avons souligné l’importance de la gestion des portefeuilles en combinant délibérément croissance et résilience. Nous pensons que cette sagesse reste valable dans le contexte actuel. Du point de vue psychologique, les marchés ne sont toujours pas euphoriques et nous pensons que les investisseurs ont tout intérêt à rester fidèles à leur répartition d’actifs stratégique et à veiller à ce que leurs portefeuilles soient suffisamment diversifiés. Si les marchés devaient connaître une dislocation soudaine et brutale, nous y verrions une possibilité de saisir des occasions plutôt qu’une raison de s’inquiéter.