Mai 2022
L’inflation l’emporte sur la croissance

Les marchés actions ont poursuivi leur baisse sur le mois de mai, avec un indice S&P 500 signant son plus mauvais début d’année après 5 mois depuis 1970. En effet, la guerre en Ukraine, les inquiétudes concernant la croissance mondiale, la forte inflation ainsi qu’un environnement de taux d'intérêt plus élevés ont continué de peser sur le sentiment des investisseurs. Le consensus semble désormais privilégier la piste du « hard landing », scénario dans lequel les économies entreraient en récession suite à une trop forte action des banques centrales dans le but de tacler l’envolée de l’inflation. Ainsi, après avoir atteint le « bear market » en séance, au cours du mois, l’indice S&P 500 s’est finalement légèrement repris atténuant de ce fait la correction.

Commentaire de marché

Le mois de mai n’aura donc pas tenu toutes ses promesses. Plutôt que de vendre et de s’en aller, comme dit l’adage boursier (sell in may and go away), les investisseurs sont revenus fin mai sur les actifs risqués. La perspective d’une Fed moins restrictive que ne le craignent certains (les anticipations de hausse des taux ont diminué pour la première fois depuis 10 mois) et la levée des restrictions sanitaires à Shanghai prévue pour le 1er juin ont rassuré les investisseurs. Pourtant, les marchés ont repris là où ils s’étaient arrêtés le mois précédent, dans le rouge, dans un contexte macroéconomique tendu.

Face à une inflation toujours élevée, à +8,3% en glissement annuel pour l’indice des prix à la consommation aux Etats-Unis, certes en recul par rapport au mois précédent (+8,5%) mais au-dessus des attentes du consensus (+8,1%), la Fed a poursuivi son chemin de resserrement monétaire. Comme attendu lors de la réunion du mois de mai, Jerome Powell a annoncé une hausse de 50 points de base, qui serait suivie par 2 autres hausses du même ordre pour les mois de juin et de juillet. Cependant, le fait qu’une hausse de 75 points de base ne soit pas à l’ordre du jour a bien été accueilli par les investisseurs. De plus, les minutes de la réunion publiées en fin de mois ont laissé la porte ouverte à une éventuelle pause dans le cycle de hausse de taux de la Fed pour juger de l’impact économique de ces dernières.

Le combat était le même dans les autres pays développés : la Banque d’Angleterre (BoE) a de nouveau relevé de 25 points de base son taux directeur pour le porter à 1%, tandis que la Banque centrale d’Australie (RBA) effectuait sa première hausse de taux depuis 2010, également de 25 points de base. La Banque Centrale Européenne (BCE) se mettait également en ordre de marche pour rattraper son retard de changement de politique monétaire par rapport aux autres banques centrales. En effet, l’inflation en zone euro a atteint +8.1% en mai en glissement annuel, au-dessus des attentes de +7.7%, ce qui laisse peu de place à la poursuite d’une politique monétaire accommodante, et ce malgré les retombées du conflit Russie/Ukraine. Ainsi, Christine Lagarde, présidente de la BCE, a annoncé relever les taux directeurs de 25 points de base lors de leur réunion de juillet et de septembre et ainsi sortir des taux négatifs d’ici la fin du troisième trimestre, marquant un tournant avec la dernière décennie. Les investisseurs anticipent une BCE encore plus agressive, avec 4 hausses de 25 points de base prévues d’ici la fin de l’année pour ainsi repasser en territoire positif.

De plus, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union Européenne ont opté en fin de mois pour un embargo sur le pétrole russe visant à réduire de 90% les importations d’ici la fin de l’année. Cet accord a mis la pression sur les cours du pétrole (Brent), atteignant les niveaux des 120 dollars le baril, accentuant un peu plus les tensions inflationnistes.

La saison des résultats se terminait sur une note positive, en apparence, avec un 1er trimestre qui reste sur une croissance des bénéfices solide, certes en net recul par rapport aux trimestres précédents, mais tout de même de l’ordre de 13% pour les entreprises du S&P 500. Néanmoins, les investisseurs se sont montrés préoccupés par les mauvais résultats des géants du secteur de la vente de détail que sont Walmart et Target, ayant tous deux affichés des bénéfices inférieurs aux attentes des analystes, et citant l’inflation comme principale cause, laissant craindre que les consommateurs seraient moins résilients que prévus face à la hausse des prix.

Néanmoins, une touche d’optimisme quant à la capacité des entreprises à faire face aux défis actuels est venue de la lecture flash des indices PMIs du mois de mai. En effet, malgré un recul par rapport au mois précédent, les indices composites de la Zone Euro, du Royaume-Uni et des Etats-Unis se sont montrés résilients (respectivement 54,9 ; 51,8 et 53,8), toujours installés en zone d’expansion (indice supérieur à 50). Seule la Chine diffère, avec un indice PMI composite de 48,4, de par sa politique zéro-covid et des mesures ultra restrictives mises en place à travers le pays impactant fortement l’activité économique. Nous pouvons tout de même noter un rebond par rapport au mois d’avril (42,7) témoignant d’un certain assouplissement.

Dans ce contexte, les marchés internationaux terminent le mois de mai en recul de -1,5% pour l’indice MSCI World (en euros). Les écarts de performance géographique observées le mois précédent se sont prolongés au cours de la période. Ainsi, les marchés de la Zone Euro affiche une relative résilience (-0,9 % pour l’indice Euro Stoxx 50), tandis que les marchés américains ont été davantage chahutés. L’indice S&P 500 clôture en baisse de -1,4% (en euros), tandis que le Nasdaq 100 a reculé de -3,1% (en euros) sur le mois. Toutefois, l’euro a rebondi face au dollar (+1,8% sur le mois), suite à la perspective du changement de politique monétaire de la BCE et de ses futures hausses de taux.

Les actions émergentes ont également mieux résisté sur la période, en relatif par rapport aux actions internationales (MSCI Emerging Markets -1,1% en euros), aidées par la performance des actions chinoises (MSCI China -0,4% en euros) mais notamment par celle des actions de la zone Amérique Latine profitant des prix élevés du pétrole (MSCI EM Latin America +6,5% en euros).

Les marchés de taux ont également connu une forte disparité en termes de performance géographique. En effet, d’un côté de l’atlantique, le taux 10 ans US s’est légèrement affaibli pour atteindre 2,85% en fin de période, les investisseurs intégrant la possibilité d’une Fed moins restrictive que prévue. Cependant, de l’autre côté, les taux de la Zone Euro ont fortement progressé suite aux annonces de la présidente de la BCE, comme en témoigne le taux 10 ans allemand qui termine le mois à 1,13% après l’avoir débuté à 0,94. La poursuite du sell-off sur les marchés actions a également pesé sur les actifs risqués obligataires, et notamment sur la dette à haut rendement, avec un écartement des primes de risque crédit.

Merci de noter que tout investissement comporte des risques, notamment celui de perte de capital.

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