Mars 2021
Entre appétit pour le risque et craintes de surchauffe

En dépit d’une crise sanitaire toujours forte, notamment dans les pays européens, les marchés boursiers s’adjugent une solide performance sur le mois de mars, et terminent ainsi ce premier trimestre sur une forte hausse. En effet, plutôt que de s’inquiéter des risques liés aux nouvelles mesures de confinement en Europe et du retard pris sur le plan de vaccination, les investisseurs se sont projetés sur la sortie de crise et se sont focalisés sur les effets d’entraînement d’une économie américaine en forte activité, soutenue par la mise en place du plan de soutien budgétaire de 1900Mds $.

Commentaire de marché

Les marchés ont débuté le début du mois sur une note d’hésitation. Après une journée de fort rebond, soutenue par la publication de l’indicateur avancé ISM Manufacturier, à son plus haut niveau depuis 17 ans et le vote à la Chambre des Représentants du plan de relance formulée par Biden à la fin du mois de janvier, les investisseurs ont fait preuve de nervosité. En effet, les craintes liées à un retour non contrôlé de l’inflation sont revenues au centre de l’attention. Le Président de la FED n’est pas parvenu à rassurer malgré son discours « dovish ». Certes, il a déclaré que la banque centrale « ferait preuve de patience » en ce qui concerne la suppression des mesures de soutien économique, mais n'a signalé aucune mesure visant à s'opposer à la hausse des rendements à ce stade, tout en laissant entendre que la Fed « ne laissera pas » l'inflation s'envoler. Ces remarques ont entraîné une hausse des rendements obligataires et les actions ont subi des pertes, avec toutefois une rotation sectorielle et thématique qui s’est poursuivie, caractérisée par une meilleure tenue des valeurs cycliques, financières et de l’énergie et une forte correction sur les valeurs de croissance et technologiques.

Mais cette phase d’hésitation a été de courte durée, dans la mesure où les indices boursiers sont ensuite rentrés dans une phase ‘risk-on’ jusqu’à la fin du mois, aidés tant par les annonces de soutiens budgétaires et monétaires que par les avancées de la vaccination, notamment aux Etats-Unis et aux Royaume-Uni, laissant ainsi entrevoir une réouverture progressive des économies d’ici la fin du premier semestre 2021.

L’adoption définitive du plan de relance américain, essentiellement axé sur la consommation, a servi de catalyseur à cette dynamique de rebond boursier. A cela, s’est ajouté un discours volontariste de la BCE au cours duquel Christine Lagarde a annoncé son intention d'accélérer son programme d'achat d'obligations au prochain trimestre en vue de maintenir les coûts d'emprunt au plus bas, tout en rassurant sur le fait que les pressions sur les prix devraient rester modérées et qu'une hausse progressive de l'inflation était attendue à moyen terme. Par ailleurs, les chiffres de l’inflation américaine sont également ressortis en ligne avec les attentes, envoyant un signal rassurant aux investisseurs qui s’inquiétaient en février d’une brusque envolée. Enfin, l'OCDE a relevé ses prévisions de croissance du PIB mondial à 5,6 % en 2021, soit 1,4 % de plus que ce qui avait été annoncé en décembre, avec notamment des prévisions concernant les États-Unis qui ont bondi de 3,2 à 6,5 %, tout en insistant sur les retombées positives pour les autres pays du rythme fort de la croissance US à venir. Ainsi, les bons chiffres économiques et la reprise de l’activité qui se profile avec la vaccination ont continué de soutenir les cours des actifs risqués avec une bonne performance des indices européens orientés sur les secteurs dits value.

En fin de mois, et au terme d’un trimestre de solide performance, les marchés boursiers ont marqué une pause sous l'effet de plusieurs zones de vigilances. Tout d’abord, les nouvelles mesures sanitaires en Europe sont venues rappeler que la crise du Covid-19 n’était pas totalement terminée, avec une hausse du nombre de cas en France, en Italie ou en Allemagne, où de nouvelles mesures de confinement et de restrictions d’activités ont dû être activées en raison d’un rythme de vaccination encore trop lent. Puis les tensions géopolitiques sont revenues sur le devant de la scène avec une dégradation des relations avec la Chine tant de la part des Etats-Unis que de l’Europe en raison des sanctions imposées à l'encontre de responsables chinois pour violations des droits de l’homme des Ouïgours, la nouvelle accentuant une chute des actions chinoises débutée depuis plusieurs semaines.

Pour autant, sur le front des statistiques économiques, la tendance reste à l’amélioration. En Europe, les marchés ont été soutenus par la publication de bons indicateurs avancés PMI pour le mois de mars en Allemagne et en France, en forte hausse par rapport au mois précédent et largement supérieurs aux attentes du consensus. Aux Etats-Unis, les inscriptions hebdomadaires au chômage à la fin mars sont repassées en-dessous du seuil des 700K pour la première fois depuis le début de la crise sanitaire et les chiffres du PIB au quatrième trimestre ont été révisés à +4.3% contre +4.1% auparavant.

Dans ce contexte de baisse de l’aversion au risque, les marchés internationaux terminent le mois de mars sur une note haussière, aidés par ailleurs par une forte appréciation du dollar US sur la deuxième quinzaine du mois. Ainsi, l’indice MSCI World (en euros) a bondi de 6,7% (en euros), soutenu principalement par la vigueur des marchés européens (+7,9% pour l’Euro Stoxx 50) et les marchés américains (+7,1% pour le MSCI USA, en euros). Les marchés japonais sous-performent à nouveau les indices globaux, avec une progression de 4,4% pour l’indice MSCI Japan (en euros) sur le mois, pénalisés en fin de période par un regain de nervosité sur fond de craintes à l’égard de la hausse des rendements obligataires américains et de l’accélération de la propagation des variants du Covid-19 dans le monde.

Les marchés émergents continuent d’afficher un retard de performance par rapport aux pays développés, avec un indice MSCI Emerging Markets en hausse de 1,7% (en euros) sur le mois. Les indices chinois restent orientés négativement, pénalisés par des prévisions économiques prudentes de la part des autorités politiques (objectif de croissance du PIB à 6% pour 2021) et un regain de tensions avec les Etats-Unis. Par ailleurs, les tensions monétaires ont également pesé sur le sentiment des investisseurs après que le Brésil et la Russie aient augmenté leur taux directeur et que la Turquie ait limogé le gouverneur de la Banque Centrale Turque.

Au sein des marchés obligataires, le scénario de reprise économique a prévalu, avec à la clé une poursuite de la hausse des taux d’intérêts. Ainsi, le 10 ans américain est passé de 1,4% à 1,75% en fin de mois, retrouvant ainsi leurs niveaux d’avant COVID-19. Mais cet environnement de hausse de taux qui exprime une amélioration de la conjoncture économique a été favorable pour les marchés du crédit, et notamment celui de la dette à haut rendement.

Merci de noter que tout investissement comporte des risques, notamment celui de perte de capital.

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